( 2 décembre, 2017 )

Citoyenneté, discipline et respect sont sur un bateau…

Aujourd’hui, tout le monde veut éduquer à la citoyenneté. Quelle réalité se cache donc derrière cet objectif affiché? Dès lors qu’un mot jouit d’un trop large consensus, on peut légitiment le soupçonner de vouloir tout et rien dire. Tout le monde ne pense pas de la même manière. La disparition soudaine, comme par magie, de ces différences semble annoncer une vertu cardinale… ou une incompréhension générale.

Vous avez dit citoyenneté?

 

Qu’en est-il du concept de «citoyenneté»? A quel type de citoyen se réfère-t-on? à celui qui se moule, se conforme, obéit, ne dérange pas l’ordre établi, ou au contraire à celui qui ose faire connaître ce qu’il pense, prendre des initiatives, voire entrer en conflit et à l’occasion transgresser pour rester cohérent avec ses valeurs profondes? Pense-t-on au citoyen du monde, solidaire de l’histoire des humains, ou au contraire se réfère-t-on au citoyen d’une communauté précise, enfermée dans son contexte, craintive, exclusive?

 

La question doit être posée. Si éduquer à la citoyenneté signifie réduire, formater, dresser, on se trouve plutôt du côté de la discipline. Non qu’elle ne soit pas indispensable au fonctionnement d’une institution, mais il faut garder à l’esprit que ce terme reste lié à l’utilisation de la souffrance, dans le but de forcer un soldat, un élève, un prisonnier, à se conformer à un ordre préétabli. Si en revanche on l’entend dans le sens d’aider un enfant à se situer en sujet social dans les communautés dont il fait partie (citoyen du monde, d’Europe, d’une nation, d’un canton, d’une région,…), à prendre ses responsabilités, à s’affirmer comme acteur impliqué, concerné par ce qui l’entoure, on ouvre l’éducation sur plus d’humanité. Pour la collectivité et pour l’individu.

 

 

Quel respect?

 

La notion de respect également semble rallier tous les suffrages: valeur apparemment facile et évidente pour tout le monde. Soupçon. Certains enseignants et directeurs d’établissement ne confondent-ils pas respect et discipline, à nouveau. Citoyenneté et respect ne deviennent-ils pas, dans le discours quotidien, des formes polies, politiquement correctes, de la bonne vieille discipline? Respect, citoyenneté. Pourquoi ces mots font-ils une carrière si éblouissante depuis une décennie? On parle surtout de ce qui manque le plus, paraît-il. Selon cet axiome du débat, nous manquons donc aujourd’hui cruellement de respect les uns avec les autres et du sens de la citoyenneté.

 

Le lien social se délite actuellement, corollaire à un ordre mondial vacillant. On ne trouvera personne de raisonnable pour nier cette évidence. Mais si le constat en reste là, les choses ne sont pas près de changer, et les chantres de la tranquillité à bon marché ont de beaux jours devant eux. Une question intéressante à débattre serait celle de savoir à qui profite cette situation et de quelle manière elle se trouve au moins pérennisée, peut-être même péjorée d’année en année.

 

Il convient donc de changer un peu de regard, d’aller chercher un peu plus loin cette compréhension qui se dérobe. Voyons donc quelques pistes de réflexion qui pourraient nous aider à dépasser la plainte.

 

Le respect exprime une prise en considération. Un devoir de reconnaître l’autre dans ce qu’il est. Respecter implique donc la connaissance, puis la reconnaissance de ce qui est différent. De celui qui est différent. La différence n’a jamais été tant perçue et vécue qu’aujourd’hui. Le phénomène de globalisation du monde, la mondialisation, comme on a coutume de l’appeler, met en présence des populations et des cultures de plus en plus différentes les unes des autres, que les distances, les océans et le manque de moyens de communication mettaient à l’abri les unes des autres autrefois. Il faut s’y faire. Respecter, dans ce cas, implique un effort pour aller vers l’autre, pour accepter de se déplacer. Engagés sur cette voie, on commence à s’éloigner de l’idée d’un respect statique, qui ne se mêle pas, qui laisse l’autre où il est. Seul. Le «respect-quant-à-soi», à opposer au respect actif et porteur de lien social: le «respect-reconnaissance de l’autre».

 

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